Histoire d'O - Extraits

>> 19 novembre 2009

Voici un article très personnel, quelque chose dont j'ai toujours eu beaucoup de mal à parler. J'espère que poser ces mots par écrit m'aidera entre autre à les exorciser.

"Enfin une femme qui avoue ! Qui avoue quoi ? Ce dont les femmes se sont de tout temps défendues (mais jamais plus aujourd'hui). Ce que les hommes de tout temps leur reprochaient : qu'elles ne cessent pas d'obéir à leur sang ; que tout est sexe en elles, et jusqu'à l'esprit. Qu'il faudrait sans cesse les nourrir, sans cesse les laver et les farder, sans cesse les battre. Qu'elles ont simplement besoin d'un bon maître, et qui se défie de sa bontée..." Quatrième de couverture.

"Il était la main qui lui bandait les yeux, le fouet du valet Pierre, il était la chaîne au dessus de son lit, et l'inconnu qui la mordait au ventre", et toutes ses voix qui lui donnaient des ordres étaient sa voix. Se lassait-elle ? Non. A force d'être outragée, à force d'être caressée, aux caresses, sinon au fouet à force d'être fouettée. Une affreuse satiété de la douleur et de la volupté dût la rejeter peu à peu sur des berges insensibles, proches du sommeil ou du somnambulisme. Mais au contraire. Le corset qui la tenait droite, les chaînes qui la gardaient soumise, le silence de son refuge y étaient peut-être pour quelque chose, comme aussi le spectacle constant des filles livrées comme elle, et même lorsqu'elles n'étaient pas livrées, de leur corps constamment accessible. Le spectacle aussi et la conscience de son propre corps. Chaque jour et pour ainsi dire rituellement salie de salive et de sperme, de sueur mêlée à sa propre sueur, elle se sentait à la lettre le réceptacle d'impureté, l'égout dont parle l'Ecriture. Et cependant les parties de son corps les plus constamment offensées, devenues plus sensibles lui paraissaient en même temps devenues plus belles et comme ennoblies : sa bouche refermée sur ces sexes anonymes, les pointes de ses seins que des mains constamment froissaient, et entre ses cuisses écartelées les chemins de son ventre, route commune labourées à plaisir. Qu'à être prostituée elle dût gagner en dignité étonnait, c'est pourtant de dignité qu'il s'agissait. Elle en était éclairée comme par le dedans, et l'on voyait en sa démarche le calme, sur son visage la sérénité et l'impercetible sourire intérieur que l'on devenie aux yeux des recluses. " p63

"Elle savait bien pourquoi Anne-Marie avait tenu, avant toute chose, à la faire fouetter. Qu'une femme soit plus cruelle et plus implacable qu'un homme, elle n'en avait jamais douté. Mais O pensait qu'Anne-Marie cherchait moins à manifester son pouvoir qu'à établir entre elle et O une complicité. O n'avait jamais compris mais avait fini par reconnaître, pour une vérité indéniable et importante, l'enchevêtrement contradictoire et constant de ses sentiments : elle aimait l'idée du supplice quand elle le subissait elle aurait trahi le monde entier pour y échapper, quand il était fini elle était heureuse de l'avoir subi, d'autant plus heureuse qu'il avait été plus cruel et plus long. Anne-Marie ne s'était pas trompée à l'acquiescement ni à la révolte d'O, et savait bien que son merci n'était pas dérisoire. Il y avait cependant à son geste une troisième raison qu'elle lui expliqua. Elle tenait à faire éprouver à toute fille qui entrait dans sa maison, et devait y vivre dans un univers uniquement féminin, que sa condition de femme n'y perdrait pas son importance du fait qu'elle n'aurait de contact qu'avec d'autres femmes, mais en serait au contraire rendue plus présente et plus aiguë. C'est pour cette raison qu'elle exigait que les filles fussent constamment nues ; la façon dont O avait été fouettée, comme la posture où elle était liée n'avaient pas non plus d'autre but. Auourd'hui c'était O qui demeurerait le reste de l'après-midi - trois heures encore - jambes ouvertes et relevées, exposée sur l'estrade face au jardin. Elle ne pourrait cesser de désirer refermer ses jambes. Demain ce serait Claire, Colette ou Yvonne qu'O regarderait à son tour. C'était un procédé beaucoup trop lent et beaucoup trop minitieux (comme la manière d'appliquer le fouet) pour qu'il fût employé à Roissy. Mais O verrait combien il est efficace. Outre les anneaux et le chiffre qu'elle porterait à son départ, elle serait rendue à Sir Stephen plus ouvertement et plus profondément esclave qu'elle ne l'imaginait possible." p160-161



L'histoire d'O, de Pauline Réage, j'avais 17 ans quand on m'en a conseillé la lecture. Six ans plus tard, oui exactement six ans plus tard ce mois-ci, je pense encore à ce moment de ma vie avec crainte, mais aussi une pointe de nostalgie. Ce moment où mes pulsions de soumission ont été réalisées, durant ce weekend avec cet inconnu qui avait suivi un long mois d'apprentissage, ce weekend que j'aurais longtemps gardé secret, cette relation à laquelle j'aurais mis fin, cette première lecture érotique, auront sûrement changés ma vision de la sexualité, mais aussi simplement catalysés des envies que je n'osais m'avouer auparavant.

Ce fût compliqué d'en parler à Kees la première fois. Mais il comprit, et lui aussi apprécie ces jeux de temps à autre. En ces temps d'abstinence de libertinage, nos jeux D/s se firent un peu plus fréquents. Et quel bonheur...!

1 commentaires:

Fiso 18 décembre 2009 à 18:51  

Un de me livres de chevet préféré !
;)

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